Drakensang Online
Il y a toutefois un "léger" souci. Outre la ressource de base utilisée pour lancer les pouvoirs (mana pour le mage, colère pour le guerrier), Drakensang Online intègre une seconde ressource : les essences. Chaque capacité dispose en effet de deux versions : une simple, peu puissante et souvent insuffisante pour affronter des créatures puissantes et/ou en grand nombre, et une version évoluée, bien plus performante, dont l'utilisation consomme ces fameuses essences. Cette seconde ressource, obtenue de temps en temps sur les monstres, s'épuise très vite, contraignant alors à se rabattre sur la version simple du pouvoir... à moins bien sûr de se rendre dans l'item shop et d'en acheter contre un peu d'Altérium. L'Altérium, kesako ? Il s'agit d'une monnaie virtuelle qu'il est possible d'obtenir via micro-paiement. Actuellement, 1.500 Altériums s'échangent contre 1,99 euro (avec tarifs dégressifs à la clé). Au début, ça paraît honnête : on en achète un peu et on se dit qu'on est tranquille pour un bon moment. Mais on se rend vite compte que cette monnaie, que l'on récupère aussi – mais en très faible quantité – en guise de drops ou de récompenses de quêtes, sert à peu près à tout. Commençons par l'une des activités les plus basiques d'un hack'n slash : l'identification des objets magiques. Dans Drakensang Online, un item enchanté peut être identifié moyennant une certaine quantité de cristaux de vérité, qui est fonction de son degré de rareté et de son niveau. Autant dire que pour un objet légendaire de haut niveau, il en faudra quelques centaines, là où on n'en trouve que trop rarement sur les créatures occises. "Par chance", il est possible d'obtenir lesdits cristaux contre de l'Altérium. Si on ne passe pas à la caisse, les objets non identifiés finissent par s'entasser dans l'inventaire, en l'absence de coffre de stockage. "Par chance", le jeu permet aussi à l'utilisateur d'étendre la capacité – extrêmement réduite – de son inventaire. La première extension, qui procure 7 cases supplémentaires, ne coûte "que" 1.600 Altériums, mais le tarif est exponentiel, puisque la dernière extension actuellement disponible en demande tout de même 128.000. On a fait le calcul : il est possible de doubler la capacité de son inventaire pour 32,50 euros et de la tripler contre la somme de 218 euros. Mais "par chance", vous venez d'hériter ou de gagner au loto, n'est-ce pas ?
Le recours au cash shop n'a rien de scandaleux en soi dans un free-to-play, mais les tarifs prohibitifs pratiqués dans Drakensang Online le sont, d'autant qu'ils s'appliquent à une ressource essentielle, qui permet d'acquérir des items puissants, d'en renforcer les propriétés, de déverrouiller les coffres, de voyager par l'intermédiaire des portails, de ressusciter à l'endroit où l'on a passé l'arme à gauche, et qui ouvre l'accès à des donjons destinés aux groupes. Ces derniers ne sont toutefois pas essentiels tant ils se montrent peu inspirés. En revanche, le système de craft, bien que simpliste, constitue une aubaine dont les joueurs payants tireront le meilleur profit. Il consiste à combiner quatre objets de même rareté pour en obtenir un autre d'une rareté supérieure. Encore faudra-t-il pouvoir identifier le résultat de cette manipulation, et disposer de suffisamment de place pour conserver les items voués au recyclage. De même, le PvP organisé, encore peu élaboré (il consiste à participer à des matchs à mort ou à des captures du drapeau en arène pour gagner des insignes de notoriété et des rangs PvP), pâtit forcément des déséquilibres imputables au modèle économique. Bien qu'il soit possible de jouer sans sortir le porte-monnaie, et bien que les taux de drop d'essences et d'Altérium aient augmenté à l'occasion des dernières mises à jour, l'expérience d'un joueur gratuit restera donc démesurément plus frustrante que celle de son homologue payant. C'est d'autant plus regrettable que Drakensang online avait tout pour plaire : des zones de jeu bien fichues, dotées d'un bestiaire varié, des villes animées truffées de PNJ, des quêtes particulièrement nombreuses (qui ont toutefois tendance à se raréfier à haut niveau), mais surtout une vraie difficulté – chose à laquelle on n'était plus vraiment habitués. La progression devient rapidement ardue, ce qui pousse à coopérer pour s'entraider – ne serait-ce que pour repousser la menace du PvP sauvage sur les serveurs dédiés. Les derniers ajouts (guildes avec canal de chat, panneau social, emotes...) renforcent d'ailleurs le volet communautaire, ce qui n'est pas pour nous déplaire. Mais dans l'attente d'un assouplissement du modèle économique, seuls les joueurs suffisamment fortunés pourront profiter de ce sympathique MMO hack'n slash tué dans l'oeuf par les prétentions financières de son exploitant.